Il pleut. # Mode racontage de vie activé # Hier, alors que je rentrais du côté de chez moi sous une pluie plus faignante que battante, je passai par le Zentrum de Châtel'Plage. Et là, plouf. Une irrésistible envie de m'acheter des vêtements. Une envie tellement forte que ce n'étaient même plus des vêtements mais des fringues. Oui, pendant ce moment-là, j'étais une fille, comme n'importe quelle autre, en mal de fringues. Et comme ce désir-là ne survient qu'une fois par an, j'en profite. Je suis donc d'abord rentrée chez moi à 13h, ai regardé De battre mon coeur s'est arrêté (putain... Toujours la même claque en visionnant ce film! Et la BO! Intense, urgent, vital.) et j'en avais tellement marre de galérer devant l'ordi que je suis ressortie en ville acheter ces fringues que je désirais tant. Pluie, ou quasiment rien, terre humide, je n'aime pas ça. En ville, il y a du monde, la nuit pointe le bout de son nez. J'entre. Trop cher. J'entre dans un autre. Du monde, des filles, des connaissances. Je repars, je suis contente d'avoir acheté un pull. On pourrait se dire putain, écrire 10 lignes rien que pour relater l'achat d'un pull... Quelle fille futile. Eh bien zut. Puis, dans ma solitude automnale - pluviale, j'ai marché sous la pluie jusqu'aux 400 Coups (le cinéma d'art et d'essai) et je me suis assise en attendant Keane. Depuis longtemps, ce film me fascinait. De loin. Peut-être l'affiche, peut-être le titre, peut-être le fait qu'il passe aux 400 Coups (argument non négligeable). Puis le film, enfin. Hmprf.
Un homme, un lieu. Le même homme, un autre lieu. Ainsi se succèdent les errances de William Keane, type esseulé qui a perdu sa fille, sous ses yeux, dans une gare. Elle avait six ans, et n'aurait jamais suivi personne. Qui du réalisateur ou de l'acteur était le plus désespéré? Sûrement le réalisateur, pour nous montrer à ce point la détresse de Keane, homme zombie dans un pays effervescent, où tout est en mouvement, sûrement trop rapide pour lui. Aussi la première de mi-heure du film se déroule sans dialogue, dans un face-à-face douloureux avec lui-même, où la schizophrénie a pris le dessus sur l'espoir, et la folie sur la l'opiniâtreté. De ces expressions, on peut en être las ou touché, au choix du spectateur. D'ailleurs, Kerrigan a choisi de laisser ce film au spectateur. De s'en faire sa propre interprétation, de le laisser réfléchir. En se détournant des films ayant traité cette solitude intense auparavant, Kerrigan nous livre une oeuvre sublime et touchante, où l'émotion ne peut plus s'exprimer qu'à travers la douleur et l'urgence.




